Les malware et plus généralement l'écosystème dont ils sont issus exerce une fascination et un attrait particulier. Celui-ci est sans doute dû à la capacité des groupes de pirates à (entre autres) :

  • cannibaliser des réseaux informatique,
  • propager des quantités industrielles de spams, chevaux de Troie, rootkits et autres codes malicieux,
  • amasser des quantités phénoménales de données personnelles d'internautes,
  • et bâtir des fortunes tout en évoluant loin des sphères économiques classiques.

Les analystes que nous sommes, tout entier absorbés par nos recherches, n'échappent pas à ce paradoxe "attraction-répulsion" induit par nos cibles quotidiennes. De manière plus étonnante mais finalement assez logique, le milieu artistique s'intéresse également à cette autre forme de "création".

En 2001 déjà, à la biennale de Venise, un virus -Bienale.py, par les groupes European Net Art Collective et epidemiC- s'était introduit parmi les oeuvres, mais sans aucune finalité crapuleuse ou fonction destructive. Celui-ci était programmé en Python, disposait d'un code source ouvert imprimé sur des t-shirts et distribué via des CD-ROM. Les auteurs, pionniers du genre, avaient par ailleurs gentiment averti les éditeurs anti-virus et ont justifié leur démarche en ces termes :

La création ex abrupto d’un virus libre et exempt de tout but ou de toute cible, est dans le pire des cas (...) un étalonnage des limites du Net. Mais dans le meilleur des cas, c’est une forme de contre-pouvoir global. Il s’oppose aux pouvoirs les plus importants, les soumets à un nouvel équilibre, les secoue, les rassemble. Une idée neuve, celle d’un "virus qui n’est pas simplement un virus" est en train de se faire accepter, accompagnée d’une autre : il s’agit d’une percée sociale au sein de la plus sociale de toutes les matières : le Net. CQFD.

De manière plus ludique, le virus Newton, créé en 2006 par le collectif Troïka affecte uniquement Mac OS X (considéré comme un terrain vierge) et donne une sensation de gravité à l'ensemble des éléments présents sur l'écran. Celui-ci est d'ailleurs présenté comme une oeuvre et se trouve actuellement présenté au MoMA de New York dans le cadre de l'exposition Design and the Elastic Mind.


MALWAREZ

malware

Plus récemment, et d'une manière moins conceptuelle, l'artiste roumain, Alex Dragulescu, s'est intéressé aux virus et aux spams, en cherchant à leur donner une perspective visuelle à partir d'une modélisation numérique avec sa série malwarez. Cette représentation en 3D est issue à la fois d'une recherche graphique mais également d'un vrai travail de programmation :

For each piece of disassembled code, API calls, memory addresses and subroutines are tracked and analyzed. Their frequency, density and grouping are mapped to the inputs of an algorithm that grows a virtual 3D entity. Therefore the patterns and rhythms found in the data drive the configuration of the artificial organism.

Le résultat est intéressant et permet de caractériser le malware selon des critères purement formels.

Le spam est également un terreau fertile pour les créateurs. Outre les séries Spam Architecture ou Spam Plants du même Alex Dragulescu, divers artistes ont utilisé cette masse "d'indésirables" comme support d'une nouvelle forme créatrice.

Ce thème est dorénavant présent dans les grands rendez-vous de l'art contemporain. L'artiste Bill Shackelford a créé une machine articulée autour d'un PC, d'une imprimante et d'une broyeuse. Le but : récupérer les spams, les imprimer les éliminer... physiquement. Cette oeuvre a été présentée lors d'une exposition thématique autour du spam à Barcelone dans le cadre du Festival Sonar en 2007. On pouvait y voir entre autre le travail de Jonathan Land, qui s'est attaché à répondre à certains spams et les a compilé dans un livre, celui d'un collectif qui propose une webradio diffusant du spam en continu ou encore les performances entièrement inspirées du "scam 419" de Dean Cameron.


Faire éclore de cette matière virtuelle, foncièrement nocive, une dimension esthétique permet à l'analyste de prendre du recul et de changer de perspective. Nécessaire parfois.